Des chercheurs israéliens et américains ont identifié un mécanisme biologique qui pourrait, à terme, permettre la régénération des cellules ciliées sensorielles de l’oreille interne — un processus jusqu’ici tenu pour impossible chez l’homme.

L’étude, publiée dans la revue Science Advances, a été menée à l’université de Tel-Aviv.

Il faut d’abord comprendre pourquoi la surdité est, dans la plupart des cas, irréversible.

La perte auditive résulte fréquemment de la destruction des cellules ciliées, ces cellules qui détectent le son et le convertissent en signaux électriques transmis au cerveau. Contrairement à beaucoup d’autres espèces — les oiseaux et les poissons, notamment —, les mammifères, êtres humains compris, ne savent pas les remplacer une fois perdues. Le dommage est donc permanent.

L’équipe s’est intéressée à des cellules voisines : les cellules de soutien, situées juste à côté des cellules ciliées dans la cochlée.

La question posée était simple : peut-on convaincre ces cellules de soutien de prendre la place des cellules ciliées détruites ?

Pour y répondre, les chercheurs ont bloqué la voie de signalisation Notch, un mécanisme central de communication entre cellules, responsable de la différenciation des cellules ciliées pendant le développement embryonnaire. Ils ont travaillé par imagerie de tissus vivants et analyse cellule par cellule.

Le résultat est encourageant. Ces cellules de soutien présentent des caractéristiques génétiques et épigénétiques particulières — c’est-à-dire des modifications de l’expression des gènes agissant comme des interrupteurs chimiques, influencées par l’environnement, le mode de vie et le développement, et transmissibles lors de la division cellulaire. Ce sont précisément ces caractéristiques qui leur permettent de répondre à une stimulation et d’enclencher un processus de régénération.

Autrement dit : la machinerie existe encore, en sommeil. Il faut trouver comment la rallumer.

L’étude a été conduite sous la direction de la professeure Karen Avraham, doyenne de la faculté et titulaire de la chaire Dumont pour la recherche sur les troubles de l’audition. Elle a été portée par Lama Khalaily, doctorante à l’université de Tel-Aviv, en collaboration avec le professeur David Sprinzak, de la faculté des sciences de la vie Wise, Shahar Kasirer de son laboratoire, et le docteur Litao Tao, de l’université Creighton à Omaha, dans le Nebraska.

La professeure Avraham souligne un point qui en dit long sur le rythme de la recherche actuelle : il y a seulement cinq ans, cette découverte n’aurait pas été possible, parce que la technologie employée est récente.

Quant à la forme qu’un traitement pourrait prendre, elle esquisse une piste sans en faire une promesse. Une injection dans l’oreille interne serait envisageable, mais elle devrait être pratiquée par un chirurgien.

Il faut ici marquer une pause, et être clair.

Ce travail identifie un mécanisme. Il ne constitue ni un traitement, ni un essai clinique, ni un calendrier. Aucun patient n’a été traité. Le chemin entre la compréhension d’un mécanisme cellulaire et un médicament autorisé est long, et beaucoup de découvertes prometteuses ne l’achèvent jamais.

Cela dit, l’enjeu justifie l’attention. Selon le Rapport mondial sur l’audition de l’Organisation mondiale de la santé, plus d’un milliard et demi de personnes dans le monde — environ un cinquième de l’humanité — vivent avec une forme de perte auditive. Ce chiffre pourrait approcher les deux milliards et demi d’ici 2050.

Les causes les plus fréquentes sont connues : le vieillissement, l’exposition au bruit, certains médicaments ototoxiques, les inflammations. Et une fois la cochlée mature abîmée, elle ne se répare pas.

Un mot, enfin, sur la chercheuse qui a dirigé ces travaux. Née au Canada, Karen Avraham a grandi aux États-Unis, obtenu sa licence de biologie à l’université Washington de Saint-Louis, puis son doctorat à l’institut Weizmann, en Israël, avant d’y poursuivre sa carrière.

Sur la recherche israélienne, nos publications précédentes prolongent le sujet. Nous avions relayé l’étude israélienne reliant le sentiment d’utilité à la santé cognitive des seniors, l’histoire de la princesse juive du Bahreïn, ainsi que le parcours d’un ancien dirigeant néonazi hongrois devenu juif.

 

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