Un drone ennemi coûte quelques dizaines de milliers de dollars. Un missile Patriot, plusieurs millions. Ce déséquilibre économique brutal est au cœur de ce que les spécialistes appellent la « guerre des drones » — et c’est précisément le problème que la société israélienne TSG dit vouloir résoudre, en proposant ce qu’elle décrit comme la « couche manquante » de la défense multi-couches.

L’article d’Israel Hayom dresse le portrait d’une entreprise qui n’est pas un inconnu dans l’écosystème de défense israélien. TSG développe depuis des années des systèmes de commandement et de contrôle — ces interfaces logicielles qui agrègent des dizaines de sources de données (radars, satellites, capteurs RF, systèmes électro-optiques) pour produire en temps réel une image opérationnelle unifiée. C’est cette même technologie qui alimente l’algorithme de calcul de trajectoire utilisé par l’application du Commandement du front intérieur pour décider dans quelles villes déclencher une alerte.

Depuis le 7 octobre 2023, les systèmes de TSG ont accumulé des données d’une densité sans précédent. En quatre heures dans la nuit du 7 octobre 2023, quelque 4 000 menaces ont été lancées simultanément — un volume équivalent à l’ensemble des roquettes tirées pendant toute la deuxième guerre du Liban. Depuis deux ans et demi de guerre, cette accumulation a produit un actif stratégique que le président de TSG, le général de brigade (réserve) Pini Youngman, décrit comme impossible à répliquer : une base de données opérationnelles sur les trajectoires, comportements et signatures de milliers de drones et missiles, qui sert à entraîner des algorithmes de plus en plus précis.

Aujourd’hui, TSG accélère le développement d’un système complet de détection et d’interception des menaces basses altitude — drones, drones kamikazes, missiles de croisière. La difficulté propre à ce segment est considérable : à basse altitude, le paysage est encombré d’objets, de perturbations électroniques, de débris de missiles déjà interceptés. Les drones ennemis changent de direction, épousent le relief, s’insinuent dans les zones urbaines. C’est un environnement radicalement différent des trajectoires plus prévisibles des missiles balistiques, et les algorithmes doivent apprendre à s’y retrouver.

La réponse que TSG envisage est celle que l’industrie mondiale commence à adopter : le drone contre le drone. Plutôt que de dépenser des millions en missiles pour abattre un engin à bas coût, l’idée est d’envoyer un drone intercepteur — plus rapide, plus agile, et surtout bien moins cher. TSG ne prévoit pas de développer elle-même le drone intercepteur, mais de s’intégrer à des plateformes existantes dans un modèle d’intégration. À cet effet, la société est en négociations avancées pour acquérir une entreprise israélienne de drones. L’objectif affiché est ambitieux : avoir un système complet opérationnel dès cette année.

L’Ukraine est citée dans l’article comme l’autre laboratoire mondial de cette guerre des drones. Elle aussi capitalise sur ses données de terrain pour entraîner des algorithmes de détection, en coopération avec des partenaires occidentaux. Ce que TSG et Kyiv partagent, c’est la conviction que dans ce conflit, l’avantage ne sera pas au prochain missile — mais à celui qui dispose des meilleures données.

Source : Israel Hayom