Le porte-parole de Tsahal a confirmé ce lundi matin que l’armée de l’air israélienne, guidée par le renseignement militaire, a frappé plusieurs cibles dans le complexe pétrochimique « Karoun » à Mahshahr, dans le sud-ouest de l’Iran, à proximité de la frontière avec l’Irak. Ce n’est pas la première fois que des usines pétrochimiques iraniennes sont visées — et ce n’est pas un hasard. Pour comprendre pourquoi, il faut d’abord comprendre ce qu’est une usine pétrochimique, et quel rôle elle joue dans l’arsenal iranien.
Les « briques » de l’industrie moderne
Dans ses grandes lignes, l’industrie pétrochimique prend des matières premières naturelles — pétrole et gaz naturel — et les transforme, par des processus de chauffage et de traitement chimique, en matériaux qui composent une grande partie de notre quotidien. Ces usines ne produisent pas simplement du carburant pour les voitures : elles fabriquent les composants de base de l’industrie — le plastique, le caoutchouc des pneumatiques, les engrais agricoles, les produits ménagers et même des médicaments. Un pays privé d’industrie pétrochimique autonome dépend entièrement des importations pour presque tous ses produits de base. Pour l’Iran, soumis à de lourdes sanctions internationales, ces usines sont donc un véritable poumon économique.
Le site Karoun
Parmi les installations du gigantesque complexe de Mahshahr, la société pétrochimique Karoun se distingue. Ce site, qui s’étend sur environ 34 hectares dans la zone économique spéciale pétrochimique, a été construit au début des années 2000 et a démarré sa production commerciale complète en 2008. Il est entré dans l’histoire en devenant le premier site au Moyen-Orient à produire des isocyanates — des composés chimiques avancés à haute valeur économique. Karoun opère en tant que filiale du conglomérat gouvernemental Persian Gulf Petrochemical Industries Company, et est considéré en Iran comme un site industriel de haute technologie, récompensé à plusieurs reprises par des prix nationaux de gestion financière et industrielle.
Sa capacité de production en fait un maillon critique de la chaîne d’approvisionnement locale et régionale : selon les informations disponibles sur le site officiel de l’entreprise, l’usine produit annuellement environ 40 000 tonnes de toluène diisocyanate (TDI) et 40 000 tonnes supplémentaires de méthylène diphényl diisocyanate (MDI). Ces substances constituent les matériaux de base de l’industrie du polyuréthane — une large famille de matériaux plastiques aux usages multiples, des mousses de matelas aux isolants de réfrigérateurs. L’usine produit également environ 30 000 tonnes d’aniline, plus de 92 000 tonnes d’acide nitrique, ainsi que de l’acide chlorhydrique, du nitrobenzène et des solutions de nettoyage. Sa particularité est la combinaison légèreté et résistance exceptionnelles des matériaux qu’elle génère.
Du réfrigérateur aux missiles
La raison pour laquelle des sites comme Karoun se retrouvent dans le viseur tient à un fait militaro-industriel simple : l’armée iranienne a besoin exactement des mêmes produits que l’industrie civile pour construire sa machine de guerre. Selon des rapports de renseignement et des listes internationales de contrôle des biens à double usage, les matériaux produits par Karoun sont essentiels à l’industrie de l’armement iranienne — ce qui a valu au secteur de lourdes sanctions du Département d’État et du Trésor américains.
Les applications militaires sont directes. Le polyuréthane léger et résistant est utilisé pour fabriquer les fuselages et ailes des drones et des engins aériens sans pilote iraniens — sa légèreté prolonge l’autonomie de vol. Il sert également de couche d’isolation protégeant les composants électroniques sensibles à l’intérieur des missiles balistiques, qui subissent lors du lancement des vibrations et des températures extrêmes. Enfin, certains des produits chimiques fabriqués sur place sont des substances à double usage : avec une légère modification chimique, au lieu de produire une colle industrielle pour fabrique de meubles, ils peuvent être transformés en composants accélérateurs de combustion pour le carburant de missiles longue portée.
Frapper Karoun, c’est donc à la fois porter un coup à l’économie iranienne et entraver directement la chaîne de production militaire qui alimente les salves de missiles tirés vers Israël.
Pour aller plus loin :
- Étranglement de l’industrie des missiles : Tsahal détruit un site pétrochimique stratégique en Iran
- Bilan : l’Iran a gaspillé un tiers de ses missiles de haute qualité lors de l’attaque contre Israël
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