À Julis, village druze du nord d’Israël, une petite restauration est devenue bien plus qu’un lieu où l’on mange. Elle est devenue un symbole. Un symbole de courage, de foi en l’humain et de lien profond entre communautés. À sa tête, Basma Heno, 46 ans, propriétaire du restaurant Nur, veuve de Tsahal et mère célibataire, incarne une résilience silencieuse mais puissante.

Basma n’a pas choisi la facilité. La guerre lui a pris son mari, l’a laissée seule avec un enfant et une douleur qui ne disparaît jamais vraiment. Et pourtant, au lieu de se refermer sur son deuil, elle a choisi d’ouvrir. Ouvrir sa cuisine. Ouvrir son cœur. Ouvrir un espace où l’on peut encore croire au rapprochement entre les peuples, même lorsque tout autour semble s’effondrer.

Lorsque la guerre éclate, Basma commence à cuisiner pour les soldats israéliens engagés sur le terrain. Elle prépare des plats chauds, traditionnels, faits avec amour. Mais très vite, elle réalise que certains soldats ne peuvent pas manger ce qu’elle leur envoie, car ils respectent les règles de la cacherout. Face à ce constat, elle prend une décision lourde de sens : transformer entièrement la cuisine de son restaurant en cuisine casher.

Ce choix n’est ni opportuniste ni temporaire. Lorsque l’intensité des combats diminue et que le restaurant rouvre ses portes au public, Basma décide de conserver la cacherout. Parce que Nur n’est plus seulement un restaurant druze. C’est devenu un lieu de rencontre. Un lieu de passage. Un lieu de dialogue.

Pour Basma, la nourriture n’est jamais seulement de la nourriture. C’est un langage universel. Un moyen de relier des histoires, des identités, des mémoires. Elle est convaincue que l’on peut rapprocher Juifs et Druzes non seulement dans l’armée ou dans le deuil, mais aussi dans la vie quotidienne, autour d’une table, dans un moment simple et sincère.

« Chaque fois que j’accueille des Juifs religieux, cela me touche encore plus », explique-t-elle. « Je suis tellement émue de voir ces connexions se créer. Nous devons continuer à montrer au monde à quel point nous sommes liés. Pas seulement dans l’armée ou quand la douleur nous frappe, mais dans la vie elle-même. »

Même aujourd’hui, lorsque des soldats entrent dans son restaurant, Basma refuse catégoriquement qu’ils paient. Pour elle, ce sont tous des fils. Et plus encore : ils lui rappellent son propre fils, Nur, qui a donné son nom au restaurant. Elle veut qu’ils se sentent bien, protégés, respectés. Parce qu’à ses yeux, ils méritent tout.

« Grâce à eux, nous vivons ici, dans notre pays », dit-elle simplement. « Alors comment pourrais-je leur prendre de l’argent ? »

Dans un pays souvent décrit à travers ses fractures, l’histoire de Basma Heno raconte autre chose. Elle raconte une solidarité réelle, vécue, incarnée. Une coexistence qui ne passe pas par de grands discours, mais par des gestes concrets. Une femme druze, veuve de Tsahal, qui choisit la cacherout pour nourrir des soldats juifs, sans rien attendre en retour.

Dans son restaurant de Julis, on ne sert pas seulement des plats. On sert de l’humanité. Et dans une époque où la haine fait souvent plus de bruit que la bonté, des lieux comme Nur rappellent que la lumière existe encore — parfois là où on l’attend le moins.

Basma Heno n’a pas seulement ouvert une cuisine.
Elle a ouvert un chemin.