Il n’est pas encore six heures du matin à Hanoï, et pourtant la ville est déjà éveillée. Autour du lac Hoan Kiem, des groupes se prennent en photo comme devant une carte postale vivante, des motos glissent silencieusement entre les ombres, et la capitale vietnamienne – l’une des plus denses et complexes d’Asie du Sud-Est – semble, l’espace d’un instant, presque méditative. Ce contraste permanent est sans doute la première leçon que donne le Vietnam : ici, le tumulte et la sérénité coexistent sans jamais vraiment s’opposer.

Si ce voyage a commencé grâce au lancement d’une nouvelle ligne aérienne directe reliant Israël à Hanoï, il est rapidement devenu évident que le vol n’était qu’une porte d’entrée. Dès l’atterrissage, le pays dévoile une richesse qui dépasse largement l’image classique d’une destination exotique. Le Vietnam est un itinéraire en mouvement, oscillant entre métropoles effervescentes, villages de montagne figés dans le temps, rizières verdoyantes et baies maritimes parmi les plus spectaculaires du monde.

Le tournant décisif pour le voyageur israélien réside dans l’ouverture récente d’un vol direct opéré par Arkia, faisant de la compagnie la seule en Israël à proposer une liaison sans escale vers le Vietnam. Les vols sont assurés une fois par semaine, avec une montée en puissance prévue dès le mois de mars. En un peu plus de onze heures, sans correspondance épuisante, le Vietnam devient soudainement accessible, presque proche. Cette facilité change tout : elle transforme une destination autrefois réservée aux grands voyageurs en une option réaliste, confortable et séduisante.

Hanoï, première étape du périple, est une ville qui ne cesse de surprendre. Les rues y sont saturées de scooters, de vélos, de voitures et de piétons, mais cette densité ne génère pas de chaos oppressant. Au contraire, elle crée une chorégraphie urbaine fascinante. Les marchés débordent de couleurs, les étals de rue proposent des plats fumants à toute heure, et chaque trottoir semble raconter une histoire. Le patrimoine historique s’invite partout : le Temple de la Littérature, les pagodes anciennes, le pont menant au temple Ngoc Son sur le lac Hoan Kiem. Ces vestiges racontent des siècles de culture, tout en cohabitant avec une modernité discrète mais bien réelle.

Certaines expériences, comme la célèbre « Train Street », incarnent parfaitement cet équilibre. Voir un train passer à quelques centimètres des cafés et des habitations est à la fois irréel et hypnotisant. Les habitants continuent leur quotidien comme si de rien n’était, illustrant la capacité unique de Hanoï à absorber l’extraordinaire dans la routine la plus simple.

La gastronomie de rue est un autre pilier du voyage. Un bol de pho brûlant, servi pour quelques shekels, devient un rituel quotidien. Le café vietnamien, intense et souvent sucré, se décline même avec une mousse d’œuf, une spécialité locale surprenante. S’asseoir sur un petit tabouret en plastique, observer la circulation et écouter la ville vivre est sans doute l’une des meilleures façons de comprendre l’âme vietnamienne.

Mais le Vietnam ne se résume pas à ses villes. Quitter Hanoï, c’est plonger dans une autre temporalité. À environ 150 kilomètres, la région de Mai Chau offre un visage radicalement différent du pays. Ici, les montagnes encadrent des rizières infinies, les villages vivent au rythme de l’agriculture, et la modernité semble s’être arrêtée aux portes de la vallée. La vie quotidienne se déroule sans mise en scène touristique : enfants rentrant de l’école, agriculteurs travaillant les champs, familles réunies autour de gestes simples et ancestraux.

Encore plus sauvage, la réserve naturelle de Pu Luong est une immersion totale dans un Vietnam verdoyant et préservé. Forêts tropicales, terrasses de riz, cascades cachées et lodges intégrés dans le paysage offrent une expérience rare : celle d’un luxe discret, presque invisible, où l’on paie surtout pour le silence et la vue. Ici, le temps ralentit, invitant à la contemplation plus qu’à la performance touristique.

En poursuivant vers le sud, la région de Ninh Bình dévoile un décor spectaculaire de falaises calcaires et de rivières sinueuses. À Tam Coc, les barques glissent sur l’eau, manœuvrées à la force des jambes par des femmes locales, dans un ballet à la fois simple et hypnotique. Certains surnomment l’endroit « la baie d’Ha Long terrestre », et la comparaison n’est pas exagérée.

Le voyage s’achève naturellement dans la mythique Baie d’Ha Long, joyau emblématique du Vietnam. Ses milliers de formations rocheuses surgissant de l’eau composent un paysage presque irréel. Une croisière, qu’elle dure une journée ou une nuit, permet de saisir toute la magie du lieu : le silence au lever du soleil, la brume matinale, la sensation d’être minuscule face à l’immensité.

Sur le plan économique, le Vietnam reste une destination très abordable. Nourriture, transports et hébergements affichent des prix bien inférieurs à ceux d’autres destinations asiatiques populaires. La seule dépense significative était jusqu’à récemment le billet d’avion – un obstacle désormais levé grâce au vol direct.

Le Vietnam se trouve aujourd’hui à un carrefour unique : encore authentique, encore accessible financièrement, mais de plus en plus ouvert au monde. Pour le voyageur, c’est l’occasion rare de découvrir une Asie qui rappelle celle d’autrefois, avant le tourisme de masse, tout en profitant d’infrastructures en plein développement. Plus qu’un simple voyage, le Vietnam est une expérience sensorielle complète, faite de couleurs, de saveurs et de rencontres, qui laisse une empreinte durable bien après le retour.