Difficile de trouver un secteur où Israël pèse autant, à l’échelle de sa population, que celui des sciences de la vie. Le pays a consacré 6,3 % de son produit intérieur brut à la recherche et au développement en 2023, un niveau d’investissement qui place Israël parmi les tout premiers au monde, tous secteurs confondus, et qui explique en grande partie l’émergence de près de 2 000 start-up dans le seul domaine des biotechnologies.

Selon les données de l’Israel Advanced Technology Industries, l’organisation qui chapeaute la haute technologie et les sciences de la vie du pays, environ 1 800 entreprises israéliennes sont aujourd’hui actives dans ce secteur, réparties entre dispositifs médicaux, qui représentent 36 % de l’écosystème, santé numérique à 30 %, biotechnologie à 24 % et pharmacie à 10 %. Une répartition qui traduit une caractéristique propre à l’innovation médicale israélienne : elle se déploie autant dans le logiciel et l’intelligence artificielle appliquée à la santé que dans la recherche pharmaceutique traditionnelle.

Les exemples concrets ne manquent pas, et certains ont depuis longtemps dépassé les frontières israéliennes pour s’imposer dans le monde entier. L’exosquelette personnel ReWalk, développé par la société Lifeward, permet à des personnes paraplégiques de remarcher debout, une prouesse longtemps réservée à la science-fiction. La PillCam, mise au point par Given Imaging avant d’être rachetée par Medtronic, a révolutionné l’exploration du tube digestif en remplaçant certains examens invasifs par une simple gélule-caméra à avaler. Le Copaxone, traitement de référence contre la sclérose en plaques, est lui aussi issu de la recherche israélienne, tout comme le Babysense, un dispositif sans contact commercialisé dès 1992 qui surveille la respiration des nourrissons pendant leur sommeil pour prévenir la mort subite du nourrisson.

Plus récemment, c’est l’intelligence artificielle médicale qui a démontré toute sa valeur dans des circonstances dramatiques. Pendant la guerre déclenchée après le 7 octobre 2023, face à un afflux massif de blessés, les hôpitaux israéliens ont massivement recouru à des outils de diagnostic assisté par IA comme Aidoc, capables de détecter en quelques secondes des hémorragies internes ou des anévrismes invisibles à l’œil nu et d’alerter immédiatement le médecin de garde. Un cas documenté a permis de sauver une jeune femme de 23 ans grièvement blessée lors de l’attaque du festival de Réim, en repérant un anévrisme cérébral caché derrière des blessures par balle bien plus visibles. La pression exceptionnelle exercée par le conflit a ainsi agi comme un accélérateur d’innovations dans la médecine d’urgence et les soins préhospitaliers.

Ce dynamisme s’accompagne d’une coopération de plus en plus étroite avec la France. Israël fait face à une pénurie structurelle de médecins, en particulier dans des régions périphériques comme le Néguev et la Galilée, et a intensifié ses efforts de recrutement de praticiens français, avec plus de 650 médecins recrutés depuis 2024 via le programme IMAP, en partenariat avec Nefesh B’Nefesh. Un événement comme MedEx Paris, organisé conjointement par le ministère israélien de l’Aliyah et de l’Intégration, le ministère de la Santé et l’Agence juive, illustre cette volonté de séduire directement les praticiens francophones sur leur propre terrain. En miroir, la France reste un partenaire technologique important pour l’exportation de dispositifs médicaux israéliens, dans une relation où l’expertise clinique française et l’innovation technologique israélienne, intelligence artificielle, santé numérique, bio-convergence, se renforcent mutuellement.

Cette réputation nourrit enfin un secteur en plein essor, celui du tourisme médical. Porté par des infrastructures de pointe et des professionnels reconnus internationalement, Israël attire un nombre croissant de patients étrangers venus chercher des traitements de pointe, en cancérologie ou en médecine régénérative notamment, au point qu’une plateforme dédiée, MedTechValley, doit être lancée courant 2026 pour structurer et faciliter ces parcours de soins. Le secteur organise par ailleurs régulièrement des rendez-vous internationaux majeurs, comme la conférence Biomed Israel à Tel Aviv, qui a rassemblé lors de ses précédentes éditions plus de 6 000 professionnels issus de plus de 45 pays.

Pour un pays qui ne représente qu’une fraction infime de la population mondiale, ce poids dans l’innovation médicale n’a rien d’un hasard : il repose sur un investissement massif et constant dans la recherche, une culture qui encourage explicitement à penser autrement, et une capacité éprouvée à transformer rapidement une découverte scientifique en produit utilisable à grande échelle, y compris dans les circonstances les plus extrêmes.

Retrouvez notre rubrique consacrée aux découvertes médicales en Israël ainsi qu’aux nouvelles technologies israéliennes.

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