Pas besoin d’un panier de courses complet pour comprendre qu’Israël est cher. Parfois, un seul hamburger suffit. Le prix du Big Mac en Israël s’établit à environ 23 shekels, soit environ 7,7 dollars — un résultat qui place Israël au deuxième rang mondial en termes de prix en dollars de ce sandwich, juste derrière la Suisse.

Le choix d’un seul hamburger plutôt que d’un large panier de courses n’est pas anodin. Des organismes comme la Banque mondiale comparent des milliers de produits et de services pour mesurer les écarts de pouvoir d’achat, mais il s’agit d’un processus complexe et lent, dont les résultats sont parfois publiés avec des années de retard. L’indice Big Mac propose un raccourci : un produit connu, vendu dans des dizaines de pays et fabriqué presque selon la même recette partout.

Même s’il paraît simple, le Big Mac contient plus de 60 composants et matières premières. Son prix dépend non seulement de la viande, du pain, du fromage et des légumes, mais aussi des coûts de main-d’œuvre, du loyer, de l’électricité, de la fiscalité et de la réglementation propres à chaque pays. Selon des études citées par The Economist, le seul coût du travail pourrait représenter près de la moitié de son prix. Ainsi, un seul produit parvient à condenser toute une série d’écarts entre les économies.

Un dollar fort autant qu’un shekel fort

Aux États-Unis, le Big Mac coûte aujourd’hui 6,22 dollars. En Suisse, son prix atteint 7,30 francs, soit environ 9,04 dollars, tandis qu’à Taïwan, il ne coûte que 78 dollars taïwanais, soit environ 2,42 dollars. Avec le prix d’un seul Big Mac en Suisse, on pourrait en acheter près de quatre à Taïwan.

Cet écart ressemble à une nouvelle preuve du coût de la vie élevé en Israël et en Suisse, et dans une large mesure, c’est bien le cas. Le prix élevé d’un produit uniforme reflète des coûts locaux élevés, du salaire versé par le restaurant jusqu’au loyer et au prix payé aux fournisseurs.

Mais c’est là qu’intervient la nuance. L’indice ne compare pas seulement le prix payé par le consommateur dans chaque pays : il le convertit en dollars. Il reflète donc une combinaison entre le coût de la vie et le taux de change. Lorsque le shekel se renforce, chaque produit vendu en Israël paraît plus cher en termes de dollars, même si son prix en shekels n’a pas changé.

Autrement dit, Israël se classe haut en raison de la combinaison de deux facteurs : un prix local élevé et une monnaie forte. Si le shekel venait à s’affaiblir, le Big Mac israélien reculerait dans le classement mondial, même si le consommateur local continuait, du moins dans un premier temps, à payer les mêmes 23 shekels. Mais ce ne serait pas nécessairement une bonne nouvelle pour le coût de la vie : un shekel faible renchérit les produits importés et les matières premières achetées en devises étrangères, ce qui peut ensuite se répercuter sur les prix de l’alimentation, du carburant et d’autres produits. Autrement dit, Israël deviendrait peut-être moins cher dans le classement du Big Mac, mais le ménage israélien pourrait, dans les faits, payer davantage.

Les limites de l’indice

C’est aussi pour cette raison que l’indice Big Mac ne permet pas d’affirmer qu’Israël est le deuxième pays le plus cher au monde. Il repose sur un seul produit et n’inclut ni le logement, ni les transports, ni la santé, ni l’éducation, ni d’autres services qui représentent une part importante des dépenses des ménages. De plus, les pays riches ont tendance à être plus chers dès le départ, notamment parce qu’un salaire élevé dans les secteurs productifs se répercute aussi sur les secteurs de services et fait grimper les coûts de main-d’œuvre et les prix.

L’indice comporte une limite supplémentaire. Le Big Mac concentre peut-être plus de 60 composants et coûts, mais ils se situent presque tous du côté de la dépense. Il mesure combien il en coûte au consommateur d’acheter un produit, et non combien d’argent il lui reste pour cela après impôts. Un pays pourrait, du moins en théorie, prélever un impôt sur le revenu de 95 % et subventionner le prix du hamburger. Dans ce cas, il paraîtrait très bon marché dans l’indice Big Mac, même s’il est peu probable que beaucoup préféreraient vivre dans un endroit où il ne leur reste que 5 % de leur salaire.

Ainsi, malgré la deuxième place d’Israël dans ce classement, mieux vaut le considérer avec prudence. L’indice Big Mac enseigne beaucoup sur le niveau des prix et sur le taux de change, mais beaucoup moins sur le niveau de vie global, qui dépend aussi des salaires, de la fiscalité et des services fournis par l’État. The Economist souligne d’ailleurs lui-même que l’idée compte davantage que le chiffre exact : sur ses 40 années d’existence, l’indice est parfois parvenu à identifier des monnaies surévaluées ou sous-évaluées, mais sa capacité de prédiction est restée partielle, et certaines monnaies sont demeurées « chères » ou « bon marché » pendant de longues années.

Liens internes

Sur les autres indicateurs du coût de la vie en Israël, retrouvez notre article sur le shekel israélien battant des records historiques face à l’euro, ainsi que notre article sur la vague de demandes exceptionnelles de hausse de la taxe municipale (arnona) prévue pour 2027 [lien vers l’article publié précédemment dans cette session].

[signoff]