Les start-up israéliennes du secteur de la défense travaillant avec le ministère de la Défense ont levé près de trois milliards de dollars au cours du premier semestre 2026.

Le chiffre prend tout son sens quand on le compare : c’est trois fois le milliard levé sur l’ensemble de l’année 2025.

Ces données ont été présentées au Forum DefenseTech de Haïfa, qui réunissait entrepreneurs, investisseurs et responsables de l’industrie de défense et de l’appareil sécuritaire.

Un second chiffre mesure le basculement en cours. Sur la même période, les entreprises de défense et à double usage — civil et militaire — ont représenté près de 30 % des 8,4 milliards de dollars d’investissements privés dans la high-tech israélienne.

Autrement dit, près d’un dollar sur trois investi dans la technologie israélienne va désormais vers des applications de défense.

Un troisième chiffre décrit le tissu industriel : environ huit cents start-up israéliennes honorent aujourd’hui des commandes directes du ministère de la Défense.

Les professionnels du secteur résument la transformation d’une formule. Israël passe rapidement du statut de nation cyber à celui de nation defense tech, explique Ilana Averkin, responsable du pôle defense tech chez HiCenter Ventures.

Elle assortit toutefois ce constat d’un avertissement adressé aux jeunes entreprises. Elles ont tort, selon elle, de vouloir construire des systèmes complets qui entreraient en concurrence frontale avec les grands groupes établis. Le véritable obstacle qu’elle décrit est ce que le milieu appelle la vallée de la mort : le passage entre l’amorçage et la croissance, où beaucoup de sociétés s’effondrent. Son conseil : développer des technologies modulaires, que les grands industriels pourront intégrer à leurs propres plateformes.

Autre enseignement, l’argent se déplace. Selon Lior Hanuka, directeur général de HiCenter Ventures, les investissements se dirigent de plus en plus vers le cerveau informatisé plutôt que vers le seul matériel. La couche logicielle de la guerre moderne attire davantage que la ferraille.

Ce mouvement a des causes identifiables.

La première est la demande mondiale, tirée par les conflits en Ukraine et au Proche-Orient. Les États achètent ce qui a déjà fonctionné, et les systèmes israéliens ont l’avantage — au sens froid du terme — d’avoir été employés en conditions réelles.

La seconde est une décision politique israélienne. Le ministère de la Défense a doublé ses commandes auprès des start-up du secteur : elles ont atteint près de 330 millions de dollars au premier semestre 2026, soit environ un milliard de shekels, contre la moitié un an plus tôt. Le directeur général du ministère, Amir Baram, a réuni à cette occasion les dirigeants d’une vingtaine d’entreprises israéliennes du domaine.

L’objectif affiché est double : renforcer l’autonomie d’Israël en matière d’armement, et introduire de l’agilité dans une industrie traditionnellement dominée par trois grands groupes — Israel Aerospace Industries, Elbit Systems et Rafael.

La tendance ne s’est pas essoufflée après le premier semestre. Sur les deux premiers jours de septembre, les start-up israéliennes ont levé 1,16 milliard de dollars, soit près du double de ce qu’elles avaient levé durant tout le mois de septembre 2025. Parmi ces opérations figure celle de l’entreprise AITAN, qui a levé 41 millions de dollars pour développer à l’international sa technologie de drones de combat — laquelle, selon la société, totalise plus de 500 000 heures de vol opérationnelles depuis son adoption par les forces israéliennes après le 7 octobre.

Reste le paradoxe qui court sous ces chiffres, et il mérite d’être formulé clairement.

Pendant que la pression politique internationale contre Israël s’intensifie — boycotts, exclusions de salons professionnels, manifestations devant les bureaux à l’étranger —, la demande mondiale pour ses technologies de défense augmente. Les États condamnent dans les enceintes diplomatiques et achètent dans les salons d’armement.

Sur Israël, son armée et son industrie, nos publications précédentes apportent le contexte. Nous avions rapporté l’extension du dispositif de Tsahal au sud du Liban, la découverte d’un tunnel de combat du Hezbollah dirigé vers Kiryat Shmona, ainsi que l’analyse sur la préparation de l’unité Radwan face à la Galilée.

 

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