Nous fêtons nos anniversaires comme si chaque partie de notre corps vieillissait exactement au même rythme. Selon une nouvelle recherche de l’Université hébraïque de Jérusalem, cet axiome est faux.

Le vieillissement serait au contraire remarquablement individuel. À l’intérieur d’un même tissu, des cellules voisines, de même âge chronologique, peuvent être séparées par des années d’âge biologique.

La plupart restent relativement jeunes. Mais une minorité file en avant, accumulant bien plus rapidement que ses voisines les modifications moléculaires associées au vieillissement.

Publiée dans la revue Nature Communications, l’étude offre l’une des images les plus nettes obtenues à ce jour du vieillissement à l’échelle de la cellule isolée. Elle éclaire au passage une question qui intriguait les chercheurs : pourquoi des maladies comme le cancer ou les affections neurodégénératives ne démarrent-elles que dans un très petit nombre de cellules ?

La recherche a été conduite par la docteure Hagit Masika, sous la direction des professeurs Howard Cedar et Tommy Kaplan, de la faculté de médecine et du Centre de médecine computationnelle de l’Université hébraïque, en collaboration avec le professeur Wolf Reik, d’Altos Labs et de l’Institut Babraham à Cambridge.

Voici comment ils ont procédé.

Chaque cellule contient le même manuel d’instructions — l’ADN. Mais différentes pages y sont activées ou désactivées par de minuscules étiquettes chimiques. Avec l’âge, ces marques s’accumulent à des endroits précis du génome. C’est ce qu’on appelle la méthylation de l’ADN, et c’est l’un des indicateurs biologiques de l’âge les plus fiables dont dispose la biologie.

L’équipe a analysé ces marques non pas en moyennant des tissus entiers, comme on le fait habituellement, mais cellule par cellule.

Le résultat : les tissus se composent d’un mélange de cellules vieillissant lentement et d’une population bien plus réduite de cellules vieillissant à un rythme accéléré. Les chercheurs ont également découvert que les cellules se divisant rapidement sont plus susceptibles d’entrer dans cet état de vieillissement accéléré.

Le professeur Cedar propose une image pour le faire comprendre. Pensez à une classe d’élèves tous nés le même jour, explique-t-il. Ils ont le même âge, et pourtant certains paraissent bien plus mûrs ou bien plus jeunes que les autres. Les cellules se comportent de la même manière : certaines vieillissent beaucoup plus vite que leurs voisines. Le vieillissement, conclut-il, est une mosaïque de cellules biologiquement jeunes et vieilles, non un processus synchronisé.

Ces travaux expliquent au passage un phénomène connu de longue date : la variabilité croissante entre cellules d’un même tissu avec l’âge. Plutôt que de vieillir au pas cadencé, les cellules s’écartent progressivement les unes des autres.

Le professeur Kaplan insiste sur l’apport de la méthode. Observer des cellules individuelles au lieu de moyenner des tissus entiers leur a permis de détecter des motifs jusque-là invisibles. Cela donne, selon lui, une image beaucoup plus précise du vieillissement biologique, et ouvre de nouvelles possibilités pour identifier les cellules les plus susceptibles de déclencher une maladie.

C’est peut-être là le point le plus important pour la suite. Si le cancer naît dans quelques cellules seulement, savoir repérer lesquelles vieillissent trop vite pourrait changer la manière dont on cherche les toutes premières origines de la maladie.

Une réserve s’impose toutefois, et les chercheurs la formulent eux-mêmes. Ce schéma n’est pas universel. Si les tissus examinés dans cette étude deviennent de plus en plus hétérogènes avec l’âge, des travaux antérieurs ont montré que d’autres tissus semblent vieillir de façon plus uniforme. Différents organes pourraient donc emprunter des routes biologiques distinctes en vieillissant.

Un mot, enfin, sur l’un des signataires. Howard Cedar, qui a supervisé ces travaux, compte parmi les figures majeures de la recherche israélienne. Il a reçu le prix EMET en sciences de la vie en 2009, le prix international Canada Gairdner en 2011 et le prix Louisa Gross Horwitz en 2016. Élu membre de l’Académie nationale des sciences des États-Unis en 2022, il a été en 2024 le premier lauréat du prix pour l’ensemble de sa carrière décerné par l’Université hébraïque.

Ce qu’il retient de cette étude tient en une phrase : la manière dont on pense le vieillissement est erronée.

Sur la recherche israélienne, nos publications précédentes prolongent le sujet. Nous avions relayé l’étude israélienne reliant le sentiment d’utilité à la santé cognitive des seniors, l’histoire de la princesse juive du Bahreïn, ainsi que le parcours d’un ancien dirigeant néonazi hongrois devenu juif.

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