Il est secouriste au Maguen David Adom, il a cinquante ans, et il habite Majdal Shams, la plus grande des quatre villes druzes du plateau du Golan.
Le 27 juillet 2024, en début de soirée, une roquette Falaq-1 de fabrication iranienne, tirée par le Hezbollah, s’est abattue sur le terrain de football au centre de la ville. Douze enfants druzes ont été tués. Sa fille Venes, onze ans, était l’une d’eux.
Deux ans plus tard, Adham Safadi a accepté de raconter cette soirée.
Il a reçu l’appel d’urgence comme tous les secouristes du secteur. Deux minutes à peine s’étaient écoulées depuis l’impact quand il est entré sur le parking. Autour de lui, il ne voyait qu’une épaisse fumée.
Il raconte avoir prié, en marchant, pour que sa fille ait changé d’avis après lui avoir dit qu’elle allait au terrain.
Il a franchi le portail, il est entré sur la pelouse, il a regardé à sa droite.
Venes était allongée entre Alma Fakher Eldin et une autre de ses amies, Iseel Nasha’at Ayoub, douze ans toutes les deux.
Il a compris immédiatement qu’il ne pouvait rien pour les trois filles. Il a demandé une couverture pour les recouvrir. Puis il est allé soigner les blessés.
Huit minutes plus tard, les soldats de Tsahal sont arrivés en renfort. C’est alors seulement qu’il est revenu s’asseoir auprès de sa fille.
Deux détails, qu’il rapporte aujourd’hui, disent tout de cette soirée.
Le premier : les enfants disposaient de six secondes pour atteindre l’abri. Ils n’y sont pas parvenus.
Le second : ceux qui se trouvaient d’un côté du terrain ont survécu. Ceux qui étaient de l’autre côté ont été tués.
Il décrit ensuite ce qu’est devenue sa vie. Sa famille était heureuse avant cette tragédie, dit-il. Aujourd’hui, il n’arrive plus à faire la fête dans les mariages : il félicite les mariés, et il repart. Sa femme, dit-il, est une mère brisée. Douze familles endeuillées vivent dans cette ville. Et Majdal Shams, conclut-il, est une ville en deuil, où les gens sont brisés.
Le terrain, lui, a été rénové. On y a planté des arbres et des fleurs, et dressé des mémoriaux pour les douze enfants. L’abri qui se trouvait à côté a été déplacé vers l’aire de jeux voisine. Beaucoup de soirs, les familles endeuillées s’y retrouvent.
Elles n’en sont pas restées là. Elles ont créé une association consacrée à l’éducation et au sport dans la communauté. Elle a déjà attribué cent bourses universitaires à des jeunes de la ville.
Huit familles ont par ailleurs engagé une action en justice. En février 2026, elles ont saisi le tribunal de district de Jérusalem pour réclamer quatre-vingts millions de shekels — environ vingt-trois millions de dollars — au Hezbollah, en application de la loi israélienne d’indemnisation des victimes du terrorisme adoptée par la Knesset pendant la guerre.
Un autre événement, survenu au printemps dernier, mesure ce qui a changé dans cette ville.
En mars 2026, le sergent-chef Maher Khatar, trente-huit ans, du génie de combat, a été tué au Liban-Sud aux côtés du sergent Or Demry. Les deux hommes étaient sortis en bulldozers D9 pour dégager un char immobilisé quand un tir du Hezbollah les a frappés. Ce fut le premier enterrement militaire de l’histoire de Majdal Shams.
Adham Safadi observe que les jeunes, désormais, s’engagent dans l’armée et dans la police — des fonctions qui exigent la citoyenneté israélienne, longtemps refusée dans les villages druzes du Golan.
Sur la Syrie voisine, où plus de deux mille personnes ont été tuées l’été dernier dans la province druze de Soueïda, son jugement est sans appel : il qualifie le président syrien Ahmed al-Charaa de loup en costume, et espère qu’on s’en débarrassera avant qu’il ne retire le costume.
Et pourtant, cet homme se décrit comme un optimiste.
Il dit rêver de frontières ouvertes. Il voudrait que les Syriens et les Libanais puissent venir voir comment on vit ici, et que les Israéliens comprennent que les Arabes ne sont pas des terroristes. Des frontières ouvertes, précise-t-il aussitôt, mais sans terrorisme et sans guerre.
À la fin de l’entretien, il marche jusqu’au mémorial où les habitants viennent allumer des bougies.
Il n’y a rien à dire, murmure-t-il. Puis il s’arrête. Rien, sauf le mot paix.
Sur la frontière nord et les communautés qui y vivent, nos publications précédentes apportent le contexte. Nous avions rapporté l’extension du dispositif de Tsahal au sud du Liban, la découverte d’un tunnel de combat du Hezbollah dirigé vers Kiryat Shmona, ainsi que l’analyse sur la préparation de l’unité Radwan face à la Galilée.
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