Pendant des années, le billet de 200 shekels a été la cible privilégiée des réseaux de faux-monnayeurs en Israël. Trop visible, trop risqué, trop contrôlé. Aujourd’hui, le paysage criminel a changé. Les organisations de contrefaçon ont identifié une nouvelle faille : les billets de petite valeur, principalement ceux de 20 et 50 shekels, devenus les nouveaux vecteurs d’une économie souterraine en pleine expansion.

Selon une enquête publiée par mako, un atelier clandestin opère dans le sous-sol d’une villa spacieuse située dans une localité du centre du pays. Ce site fonctionne jour et nuit comme une véritable chaîne de production industrielle, dédiée exclusivement à la fabrication de billets de faible valeur, mais en volumes massifs.

Un choix stratégique, pas un hasard

Le basculement vers les billets de 20 et 50 shekels n’est pas accidentel. Il résulte d’un changement de comportement du public et des commerçants. Face à la vague de faux billets de 200 shekels qui a provoqué d’importantes pertes financières, de nombreux commerces ont commencé à refuser systématiquement ce billet ou à le contrôler minutieusement.

« Il n’y a quasiment plus de demande pour les faux billets de 200 », confie un criminel impliqué dans le réseau, cité anonymement dans l’enquête. « Les commerçants les vérifient tous. Pour nos clients, c’est devenu non rentable et trop dangereux. »

À l’inverse, les billets de petite valeur circulent rapidement, sans vérification, notamment dans les marchés, les kiosques, les taxis et les commerces de proximité. Cette fluidité en fait un produit idéal pour les réseaux criminels.

Une production à bas coût, un rendement maximal

La fabrication de billets de 20 et 50 shekels présente plusieurs avantages pour les faussaires. Le coût de production est bien inférieur à celui des grosses coupures, les technologies de sécurité y sont moins sophistiquées, et surtout, le risque de détection est beaucoup plus faible.

Les billets sont ensuite distribués par un réseau de « mules » et d’intermédiaires, souvent eux-mêmes endettés ou en situation économique fragile. Dans certains cas, ces faux billets sont utilisés pour acheter des produits de première nécessité, ce qui leur permet de se fondre encore davantage dans l’économie réelle.

Coopérations transfrontalières et production élargie

L’enquête révèle également une collaboration avec des ateliers situés dans des zones sous administration palestinienne, notamment autour de Qalqilya et Tulkarem. Des cartons entiers de billets falsifiés y seraient produits et acheminés afin de répondre à la demande croissante.

Outre les billets de 20 et 50 shekels, les réseaux recommencent à produire des billets de 100 shekels et même des pièces de 10 shekels, particulièrement demandées dans certaines régions comme Be’er Sheva et Eilat.

Une menace directe pour l’économie

La prolifération de faux billets, même de faible valeur, représente un danger systémique pour l’économie israélienne. L’accumulation de petites pertes fragilise les commerces, alimente la méfiance et pénalise en priorité les populations les plus vulnérables.

Les autorités monétaires, en lien avec la Banque d’Israël, rappellent que la circulation de monnaie contrefaite nuit à la confiance dans le système financier et entraîne des coûts indirects importants pour l’ensemble de la société.

La riposte des forces de l’ordre

La Police israélienne affirme mener une lutte active et ciblée contre ces réseaux. Plusieurs arrestations ont déjà eu lieu ces derniers mois, impliquant aussi bien des producteurs que des distributeurs et des utilisateurs finaux.

Un responsable policier explique :
« Nous avons arrêté des suspects et nous poursuivons une activité opérationnelle continue pour démanteler cette industrie de la contrefaçon. Il ne s’agit pas de délits mineurs, mais d’un crime économique grave. »

Une justice plus sévère

Face à l’ampleur du phénomène, le système judiciaire israélien a durci les peines. Les personnes reconnues coupables de fabrication, diffusion ou utilisation de monnaie falsifiée encourent désormais des peines de prison de trois à six ans, assorties de lourdes amendes.

Cette sévérité vise à créer un effet dissuasif, tant pour les organisations criminelles que pour les particuliers tentés d’utiliser de faux billets, parfois en minimisant la gravité de l’acte.

Vigilance du public : le dernier rempart

Les autorités appellent enfin le public et les commerçants à élargir leur vigilance. Se focaliser uniquement sur les billets de 200 shekels a créé un angle mort exploité sans scrupule par les réseaux criminels.

Dans un contexte de pression économique croissante, la tentation de fermer les yeux peut être grande. Mais chaque billet falsifié accepté contribue à renforcer une industrie clandestine qui fragilise l’ensemble du tissu économique israélien.