La superstar israélienne Omer Adam vient de dévoiler son dixième album, « Helek MeHaNetzach » (« Une part d’éternité »), sorti à minuit de manière inattendue. Plus qu’un simple nouvel opus, le projet apparaît comme une étape charnière dans la trajectoire d’un artiste qui ne se contente plus d’enchaîner les tubes, mais cherche à redéfinir son récit personnel.
Derrière les chansons plane le contexte biographique : une rupture très médiatisée avec le mannequin Yael Shelbia, une nouvelle relation, des allers-retours entre Tel-Aviv et l’Europe, et surtout un processus de maturation artistique assumé.
Un album de continuité, pas de révolution
Avec 17 titres répartis sur environ 54 minutes, l’album propose une expérience cohérente et émotionnellement structurée. Contrairement aux productions pop construites autour d’une succession de singles calibrés pour le streaming, Adam privilégie ici une narration continue.
Ce n’est pas une rupture stylistique. C’est une évolution intérieure. Ceux qui ont écouté son précédent album, « Tasminei Prida » (« Symptômes de rupture »), reconnaîtront le fil conducteur : solitude, introspection, reconstruction après un effondrement affectif.
Le choix du ralentissement
Omer Adam, habitué aux hymnes festifs capables de remplir des stades, opte ici pour une majorité de ballades retenues. Sa voix, autrefois axée sur la puissance et l’énergie, se fait plus douce, plus maîtrisée, plus contenue.
Ce ralentissement est presque une déclaration esthétique. L’artiste qui pouvait facilement livrer une série de hits dansants choisit la mélancolie, la respiration, l’attente. Un Omer Adam plus adulte, moins flamboyant, mais plus introspectif.
Une production internationale assumée
L’album a été enregistré lors d’un long camp d’écriture organisé près de Toulouse, en France. Cette mise à distance volontaire du tumulte de l’industrie musicale israélienne traduit une volonté de concentration et de raffinement sonore.
Parmi les collaborateurs :
- Tal Kastiel (conseiller artistique)
- Nazim Khaled (producteur et compositeur français)
- Eden Ated (producteur musical)
Le résultat : un mélange subtil de pop moderne, touches méditerranéennes, influences classiques et légères nuances latines. Une production soignée, ambitieuse, mais qui conserve une identité émotionnelle locale.
Thèmes : foi, amour, perte et identité
Textuellement, Adam explore plusieurs axes :
- La foi et la quête d’ancrage spirituel
- La réparation amoureuse
- L’acceptation de l’échec
- L’ambivalence entre célébrité et vulnérabilité
Le titre « 32 », en référence à son âge, incarne cette introspection. L’artiste y questionne la promesse initiale de sa carrière, la réussite qui ne comble pas nécessairement le vide intérieur, les projets de mariage non aboutis et les maisons qui ne se construisent pas.
La famille comme refuge
Un moment marquant du disque reste le morceau « Leilot Yafot », enregistré avec ses frères. Plus qu’un simple clin d’œil familial, cette collaboration agit comme un ancrage. Dans un album dominé par la fragilité sentimentale, la famille apparaît comme le socle stable.
Un pari artistique risqué
Si la cohérence émotionnelle est réelle, l’album peut parfois sembler trop homogène. Ballade après ballade, le risque de monotonie n’est pas totalement évité. Certains auditeurs pourraient regretter l’absence d’un titre explosif capable de servir de catharsis collective.
Mais cette retenue est peut-être précisément le message : Adam ne cherche pas ici à conquérir, mais à observer.
Nostalgie et boucle refermée
En guise de clin d’œil à ses débuts — lorsqu’il participait à Kokhav Nolad en 2009 à l’âge de 15 ans — il inclut deux titres bonus : une nouvelle version de « Lehistaot » et une reprise du chanteur religieux Yaniv Ben Mashiach.
Ce geste n’est pas anodin : il relie le jeune artiste de YouTube au chanteur installé enregistrant dans un domaine isolé en France. Une ligne de continuité assumée.
Rester au sommet ?
« Helek MeHaNetzach » n’est pas un album révolutionnaire. Il est introspectif, maîtrisé, parfois prudent. Mais il confirme qu’Omer Adam refuse de se figer dans son propre succès.
Plutôt qu’un disque de conquête, c’est un album de transition. Moins spectaculaire, mais plus profond. La question reste ouverte : cette maturité artistique suffira-t-elle à maintenir sa domination dans un paysage musical israélien en constante évolution ?






