Au moment même où Israël subit des frappes de missiles et où des familles entières se réfugient dans des espaces confinés, une autre menace silencieuse gagne du terrain. La rougeole, déjà meurtrière avant le déclenchement du conflit, trouve dans les abris collectifs et les pièces sécurisées un terrain idéal pour se propager à une vitesse alarmante.
À l’hôpital Hadassah Ein Karem, six enfants atteints de rougeole sont actuellement hospitalisés dans une unité isolée dédiée, dont deux dans un état grave. Depuis le début de l’épidémie, seize enfants sont décédés en Israël, la plupart issus du même quartier de Jérusalem. mako
Le Dr Oren Gordon, directeur adjoint du département pédiatrique de Hadassah et spécialiste des maladies infectieuses, tire la sonnette d’alarme : la rougeole est l’une des maladies les plus contagieuses qui existent. En cas de contact avec une personne non vaccinée, le taux de transmission atteint environ 90%. Le virus se transmet par voie aérienne et peut rester dans l’air jusqu’à deux heures après que le malade a quitté la pièce — ou, dans ce contexte, l’abri. mako
Selon les données du ministère de la Santé, plus de 3 000 cas ont été recensés depuis le début de l’épidémie. Les experts estiment cependant qu’il existe une sous-déclaration significative, et que le nombre réel de malades pourrait atteindre 16 000. Actuellement, 24 patients sont hospitalisés, dont cinq en soins intensifs, et un sous assistance circulatoire extracorporelle (ECMO). mako
Ce chiffre, rapporté en pleine guerre ouverte avec l’Iran, illustre une réalité que les systèmes de santé en temps de crise connaissent bien : les épidémies ne respectent pas les cessez-le-feu. Et les abris, eux, deviennent involontairement des vecteurs.
Le Dr Gordon signale qu’il existe des indications selon lesquelles lors du précédent cycle de combats, déjà, la cohabitation prolongée dans les abris avait contribué à accélérer la propagation. Il souligne que la densité et le confinement ne font qu’aider le virus à se répandre. mako
La période de contagiosité, rappelle le spécialiste, commence quatre jours avant l’apparition de l’éruption cutanée et se prolonge quatre jours après. Cela signifie que des individus contagieux mais asymptomatiques se retrouvent, à leur insu, entassés avec des nourrissons, des femmes enceintes non vaccinées et des personnes immunodéprimées.
À Hadassah, les malades sont traités dans une unité sous pression négative, avec un abri dédié pendant les alertes pour éviter tout contact avec d’autres patients. mako
Face à ce double front sanitaire et militaire, la conclusion du Dr Gordon ne laisse aucune place à l’ambiguïté : deux doses de vaccin offrent une protection d’environ 97%, et une seule dose confère une immunité d’environ 93%. Seule une couverture vaccinale d’au moins 95% de la population permettrait de stopper la propagation. Tant que des lacunes subsistent, les cas graves continueront d’apparaître — et tout cela peut être évité par la vaccination. mako
La guerre oblige à se battre sur plusieurs tableaux à la fois. Ignorer celui de la santé publique pourrait coûter autant de vies que les roquettes.






