À l’exposition internationale d’armement Eurosatory 2026, qui s’est tenue en France, Elbit Systems a présenté pour la première fois un démonstrateur de canon laser aéroporté à haute puissance conçu pour être installé sur des hélicoptères. Il ne s’agit pas encore d’un système opérationnel, mais d’une étape de développement décisive vers ce que l’industrie de défense israélienne espère voir devenir une nouvelle couche d’interception légère et mobile face aux drones, aux missiles de croisière et aux autres menaces aériennes — loin des frontières du pays.
Une technologie quasi unique au monde
Le système est développé dans le cadre d’un investissement conjoint du ministère de la Défense et d’Elbit. Les délais et le budget n’ont pas été communiqués, mais les estimations internes indiquent que la version hélicoptère sera prête avant le laser destiné aux avions de chasse, dont les contraintes de poids, de volume et de conditions de vol rendent l’intégration plus complexe.
Dans ce domaine précis — le laser aérien embarqué — Elbit est pratiquement la seule entreprise au monde à avoir démontré une faisabilité opérationnelle, aux côtés du géant américain Lockheed Martin. Les tentatives précédentes, au premier rang desquelles le programme ABL américain qui avait tenté d’installer un laser haute puissance sur un Boeing 747, ont été annulées après des investissements colossaux. Israël, lui, a déjà démontré dès 2021 la viabilité du concept en abattant plusieurs drones depuis un Cessna civil au-dessus de la Méditerranée.
Comment ça fonctionne
Un laser est une source lumineuse extrêmement concentrée. Lorsqu’un faisceau à haute puissance frappe une cible et reste focalisé sur elle pendant quelques secondes, la température au point d’impact monte à plusieurs milliers de degrés, provoquant une défaillance structurelle ou la destruction de composants critiques. La percée actuelle repose sur la combinaison de nombreuses fibres laser en un seul faisceau puissant, et sur la miniaturisation du système pour permettre son installation sur des plateformes aériennes.
À l’exposition de Paris, Elbit a présenté un modèle réduit du « pod » — le conteneur détachable contenant le système laser, le guidage, le refroidissement et les batteries. À son extrémité se trouve une tête de guidage qui oriente le faisceau avec précision par un système de miroirs. Oded Ben David, directeur des technologies d’Elop au sein de la division renseignement et guerre électronique d’Elbit, explique la logique de la technologie : « Au lieu d’un seul gros laser, le système est construit à partir d’un grand nombre d’unités laser connectées pour former un faisceau unique et puissant. Chaque unité dépasse le kilowatt. Si vous voulez 10 kilowatts, vous prenez 10 amplificateurs. Si vous en voulez 100, vous en prenez 100. »
L’avantage de l’altitude est également décisif. Au sol, la turbulence, la chaleur et l’humidité dispersent le faisceau et réduisent son efficacité. En altitude, l’air est plus stable et le faisceau conserve mieux sa puissance et sa précision sur de longues distances. Comme le résume Ben David : « Quand tu es en système terrestre, tu souffres énormément de la turbulence. Dès que tu montes dans les airs, la vie est bien plus facile. »
L’enjeu économique
L’argument central que défend Elbit pour ce type d’arme est d’ordre financier. Les hélicoptères doivent aujourd’hui poursuivre des drones bon marché et leur tirer dessus avec des munitions coûteuses. « Tu vois aujourd’hui des hélicoptères chasser toutes sortes de drones », dit Ben David. « À l’avenir, tu remplaceras tout ça par quelque chose qui ne coûte rien à utiliser. Une fois que tu as acheté le système, le coût de tir est négligeable. Tu tires des photons de lumière. »
La logique est la même que pour le laser terrestre Or Eitan, déjà déployé par Tsahal : briser l’équation économique qui fait qu’un drone à quelques dizaines de milliers de dollars contraint l’État à dépenser un multiple de cette somme pour l’abattre. « Il faut absolument casser cette équation économique absurde », dit-il. « Les armes à énergie directe sont ce qui permet de rééquilibrer l’équation. »
Le démonstrateur présenté à Paris n’est pas encore la version du système pour avions de chasse — les deux plateformes font l’objet de développements distincts. Elbit anticipe néanmoins que la version hélicoptère arrivera à maturité en premier, et voit dans les hélicoptères une plateforme prometteuse pour l’interception de drones et d’autres menaces aériennes.
Pour approfondir la technologie laser israélienne en défense :
👉 « Or Eitan » est entré en guerre : Israël déploie pour la première fois son système laser au Nord
👉 Israël réussit à abattre des cibles à l’aide d’un système laser aéroporté
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