En Israël, l’expérience culinaire commence bien avant le plat principal. C’est une philosophie gastronomique que les visiteurs étrangers découvrent souvent avec émerveillement : celle des mezze, ces petits plats variés et colorés qui ouvrent le repas. Contrairement aux salades minimalistes qu’on trouve ailleurs – lettuce, tomates, concombre et vinaigrette industrielle – la tradition israélienne et moyen-orientale célèbre la diversité des saveurs et des textures dès les premières bouchées.

C’est précisément cette philosophie que Turkish Grill, situé à Or Yehuda en périphérie de Tel Aviv, porte à son apogée. Ce restaurant spécialisé dans les viandes grillées a fait de cette entrée généreuse une véritable signature. Pour seulement 30 nouveaux shékels par convive, les clients découvrent douze salades différentes, accompagnées de laffas – ces pitas irakiens moelleux et gonflés – qui servent de base savoureuse à cette exploration culinaire.

La variété proposée est véritablement remarquable. On y trouve tous les grands classiques : tomate, concombre, betterave, mais aussi des créations plus audacieuses comme la salade de maïs, l’avocat, la patate douce, le chou et même une salade aux œufs. Chaque légume a été pensé, préparé avec soin et transformé en mets à part entière. Ce qui frappe immédiatement, c’est l’équilibre des saveurs. Aucune salades ne pèche par un excès d’huile ou d’épices – hormis la salade turque, généreusement poivrée, qui assume pleinement son caractère affirmé.

Parmi ces créations, la salade de patate douce mérite une mention spéciale. Délicatement découpée en petits morceaux puis généreusement imbibée de silan – ce nectar qu’est le sirop de datte, profondément enraciné dans la culture culinaire levantine – elle incarne à elle seule l’art de sublimer les ingrédients simples. Succulente et addictive, elle capture l’essence de la cuisine moyen-orientale : transformer l’humble en extraordinaire.

L’aubergine n’est pas en reste. Rôtie avec maîtrise, son intérieur se transforme en une pâte veloutée aromatisée par cette saveur de brûlé léger que les connaisseurs reconnaissent comme du « caviar d’aubergine ». La salade de maïs, garnie de champignons et de poivron rouge, offre une explosion de couleurs. L’avocat, présenté très vert avec une subtilité citronnée mesurée, complète ce tableau. La betterave, enfin, joue magistralement sur le contraste sucré-acidulé.

Pendant que les convives savourent ces entrées, le service glisse subtilement à table un large plat de salade fraîche, accompagné d’un hommos crémeuse et d’une tahina onctueuse – le classique trio qui accompagne tout repas digne de ce nom en Israël. La fraîcheur transcende chaque élément.

Pour le plat principal, trois imposantes brochettes arrivent, chacune révélant le savoir-faire du grill. La première, composée de morceaux d’entrecôte, affiche cette texture croquante à l’extérieur qui cède à la tendreté du cœur – une signature de la cuisson à la braise maîtrisée. La deuxième brochette propose du pargit, ce poulet de printemps israélien aux chairs délicates, découpé en généreux tronçons. La troisième joue une partition plus audacieuse : des pièces de viande trempées dans de la graisse d’agneau avant la cuisson, simulant ainsi l’authentique agneau. Bien qu’aucun substitut ne puisse égaler la véritable viande, cette approche habile reste convaincante (les brochettes coûtent entre 42 et 63 nouveaux shékels).

Le restaurant, niché dans une zone à majorité sépharade du grand Tel Aviv, respirait l’atmosphère de fête lors de la visite. Des familles entières, profitant des premières heures du soir, remplissaient les tables dans un joyeux brouhaha. C’est dans ces moments que se révèle la vraie nature d’un bon restaurant : non pas dans le luxe ostentatoire, mais dans la capacité à créer du lien, à rassembler autour de bonnes choses.

Turkish Grill propose une impressionnante carte de desserts : le rotondo, cette pâtisserie italienne décadente et multicouches ; la crème brûlée ; le soufflé au chocolat ; le gâteau au chocolat chaud ; le creamino, cet hommage au cremino du Piémont ; et enfin le baklava fait maison (entre 20 et 28 nouveaux shékels). Le service, attentionné sans être envahissant, complète une expérience globale où l’excellence brille autant dans l’assiette que dans l’hospitalité. Un thé vert sucré vient conclure le repas en douceur, comme c’est la tradition en Méditerranée orientale.

Ce qui rend Turkish Grill particulièrement attachant, c’est son authenticité assumée. Point de décoration tape-à-l’œil ni de présentation qui prime sur le goût. Juste une cuisine sincère, généreuse, qui honore les traditions culinaires du Moyen-Orient en les conjuguant à l’esprit contemporain israélien. Pour quiconque souhaite vivre une véritable expérience gastronomique à Tel Aviv, loin des clichés touristiques, ce restaurant demeure une adresse précieuse.

Turkish Grill, 2 rue Ha’Avoda, Or Yehuda. Téléphone : 053 623 8221. Ouverture : dimanche à jeudi de 11h à minuit ; samedi après Shabbat jusqu’à minuit ; fermé le vendredi. Le restaurant est certifié casher Badatz Beit Yosef.

[signoff]