La photo ne montre pas son visage. Il a demandé qu’on le floute — pour protéger ce qui reste de ses liens, ou pour continuer à servir sans exposer sa famille à des représailles dans son village. Mais son uniforme de Tsahal, lui, est parfaitement visible. Et la légende dit tout : ce soldat musulman a sauvé des dizaines de civils. Et quand les combats ont pris fin, il n’avait personne à appeler.

Ce n’est pas un cas isolé. C’est le visage discret d’un phénomène qui monte, et que la société israélienne commence à peine à regarder en face.

Un engagement volontaire, un prix social immense

Le service militaire en Israël est obligatoire pour les jeunes juifs, et pour les hommes druzes et circassiens. Pour les Arabes israéliens — musulmans et chrétiens, soit environ 20 % de la population — il est facultatif. Des centaines de Bédouins s’enrôlent volontairement chaque année, mais les autres Arabes israéliens ont historiquement boudé l’armée, principalement par solidarité avec les Palestiniens. Times of Israel

Mais quelque chose a changé. En 2021, plus d’un millier d’Arabes musulmans servaient dans les rangs de l’armée israélienne. Et depuis le 7 octobre, l’intérêt pour l’enrôlement au sein de la communauté arabe a connu un pic. Lebloc-noteTimes of Israel

Pour ceux qui franchissent le pas, le prix est souvent lourd. Certains affrontent le rejet de leur communauté, la rupture familiale, l’ostracisme social. Servir dans Tsahal dans un village arabe peut signifier perdre des amis, des relations de travail, parfois sa propre famille. C’est ce silence — le silence de celui qui n’a personne à appeler après le combat — qui rend leur engagement d’autant plus éloquent.

Le lieutenant-colonel Abu Raya : briser le tabou

Le lieutenant-colonel (rés.) Hisham Abu Raya est un précurseur. En 2008, à l’âge de 24 ans, il est devenu le premier officier musulman non bédouin de l’armée israélienne. Depuis, il consacre une partie de son énergie à convaincre les jeunes de sa communauté que le service militaire est une voie d’intégration et de dignité. Times of Israel

Il estime aujourd’hui qu’il y a « quelques centaines » de soldats de sa communauté enrôlés dans Tsahal, ajoutant que les rangs grossissent. « Si vous voulez progresser dans la société israélienne et vous sentir égal, le service militaire est votre ticket d’entrée. C’est ainsi que cela s’est passé pour moi. L’armée m’a accueilli. » Times of Israel

Ce que dit le 7 octobre

En novembre 2023, peu après les attaques sanglantes du Hamas, un sondage a révélé que 70 % des Israéliens arabes se sentaient liés à l’État et que les problèmes d’Israël les concernaient également. En comparaison, en juin 2023, seuls 48 % des Arabes israéliens avaient exprimé une telle opinion. Lebloc-note

Ce sursaut de sentiment d’appartenance s’est traduit, pour certains, en actes. Des jeunes hommes arabes se sont présentés dans des centres de recrutement. D’autres ont rejoint des associations de soutien aux soldats, des réseaux de bénévolat, des équipes de secours. Pas tous au même endroit, pas tous de la même manière — mais avec la même question au fond : de quel côté de l’histoire veux-tu te trouver ?

Le soldat de la photo a répondu à cette question. Il a choisi l’uniforme, la fraternité d’armes, et la solitude qui va avec dans son propre milieu. Son visage est flouté. Mais sa réponse, elle, ne l’est pas.


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