L’armée israélienne va se doter d’une quatrième armée, consacrée aux systèmes sans pilote et à l’intelligence artificielle.

L’annonce a été faite par le chef d’état-major de Tsahal, le général Eyal Zamir.

Pour mesurer ce que cela représente, il faut rappeler la structure actuelle. Tsahal est organisée en trois armées : les forces terrestres, l’armée de l’air et la marine. Chacune est dirigée par un général de division. L’ajout d’une quatrième constitue une première dans l’histoire de l’armée israélienne.

Zamir s’est exprimé lors de la cérémonie de fin de formation de la 153e promotion d’officiers de marine.

Le champ de bataille change à une vitesse vertigineuse, a-t-il déclaré, et l’armée change avec lui. L’avenir, a-t-il ajouté, passe par les systèmes sans pilote, la robotique, les drones et un recours massif à l’intelligence artificielle.

Il a annoncé dans la foulée que la création de cette nouvelle armée — la Branche des systèmes autonomes et de l’intelligence artificielle — était finalisée, qualifiant l’événement d’historique, et affirmant que la vision deviendrait bientôt réalité.

Le calendrier est serré : Tsahal prévoit une inauguration complète d’ici début décembre.

Cette décision ne sort pas de nulle part. Elle vient couronner une évolution engagée depuis le 7 octobre 2023.

L’armée israélienne avait déjà créé fin 2025 une brigade dédiée à l’intelligence artificielle, baptisée Bina, et annoncé en février 2026 la constitution d’un corps des robots destiné à centraliser l’emploi des systèmes autonomes sur terre, dans les airs et en mer. Elle a par ailleurs formé une nouvelle catégorie de soldats-experts, les chercheurs en intelligence artificielle, dont la deuxième promotion vient d’être diplômée.

La quatrième armée annoncée par Zamir donne à cet ensemble une tête de commandement au plus haut niveau.

Cette réorganisation s’inscrit dans un mouvement plus large de l’industrie de défense israélienne.

Le même jour, Elbit Systems a présenté à la presse un ensemble de systèmes de combat autonomes pilotés par intelligence artificielle, réunis sous le nom de Fuse. Selon l’entreprise, ces outils permettent la coordination centralisée, en temps réel, d’un grand nombre de systèmes aériens et terrestres autonomes.

Le Jerusalem Post et quelques autres médias ont été invités à visiter le site. L’idée présentée est qu’un petit nombre de soldats puisse diriger des dizaines, voire des centaines de robots et de drones, employés en essaims.

Israël n’est évidemment pas le seul pays à s’engager dans cette voie : toutes les grandes armées travaillent sur les systèmes autonomes. La particularité israélienne tient à deux choses.

La première est l’expérience accumulée. Les experts du ministère de la Défense ont qualifié le dernier conflit de première guerre robotique de l’histoire. Des bulldozers télécommandés ont ouvert des itinéraires, des robots ont exploré des tunnels sans exposer de soldats, et des milliers de drones ont été employés en surveillance.

La seconde est démographique. Au-delà de l’avantage tactique, l’automatisation répond à une contrainte que l’armée israélienne connaît mieux que d’autres : le manque d’effectifs. Un pays de dix millions d’habitants ne peut pas compenser par le nombre.

C’est probablement la clé de lecture la plus utile de cette annonce. Une quatrième armée consacrée aux machines, ce n’est pas seulement un pari technologique. C’est aussi une réponse à la question que se pose Israël depuis trois ans : comment tenir plusieurs fronts avec une population réduite et une armée épuisée.

Reste à voir ce que cette structure regroupera concrètement, quels moyens lui seront affectés, et qui la commandera. Ces éléments n’ont pas été rendus publics. Rendez-vous en décembre.

Sur l’armée israélienne et ses évolutions, nos publications précédentes apportent le contexte. Nous avions rapporté l’extension du dispositif de Tsahal au sud du Liban, la découverte d’un tunnel de combat du Hezbollah dirigé vers Kiryat Shmona, ainsi que l’analyse sur la préparation de l’unité Radwan face à la Galilée.

 

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