Coup de théâtre parlementaire dans la nuit de lundi à mardi : la Knesset a voté par 59 voix contre 25 l’annulation immédiate du décret élargissant l’exemption de TVA sur les importations personnelles jusqu’à 150 dollars.

Le décret avait été signé en décembre 2025 par le ministre des Finances, Bezalel Smotrich. Désormais, les achats en ligne en provenance de l’étranger seront à nouveau soumis à la TVA israélienne de 18 % au-delà de 75 dollars.

Il s’agit d’un précédent institutionnel : c’est la première fois que la Knesset annule formellement un décret ministériel par cette procédure.


Une rébellion au sein même de la coalition

Le vote marque un épisode rare de dissidence interne.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a tenté jusqu’au dernier moment d’imposer une discipline de coalition, avant de renoncer face à l’ampleur de la fronde.

Six députés du Likoud – dont Yuli Edelstein et David Bitan – ont voté contre le décret. Des représentants du commerce de détail ont fait pression toute la journée à la Knesset, dénonçant une distorsion concurrentielle majeure.

Le processus avait été enclenché dès décembre, lorsque le député Eli Dallal avait exigé un vote d’annulation. La commission des Finances, présidée par Hanoch Milwidsky, avait ensuite transmis le dossier en séance plénière.

Même le président de la Knesset, Amir Ohana, avait temporisé avant d’être contraint d’accélérer la procédure après intervention juridique.


Ce qui change concrètement

Depuis décembre 2025, les Israéliens pouvaient importer des produits jusqu’à 150 dollars sans TVA, ni droits de douane, ni taxe d’achat.

La mesure avait rendu nettement plus attractives certaines catégories :

  • Casques audio et accessoires électroniques
  • Chaussures de marque
  • Produits cosmétiques
  • Jouets et sets LEGO complexes
  • Claviers Apple ou équipements tech intermédiaires

Avec l’annulation, le seuil devrait revenir à 75 dollars, comme auparavant.

Exemple concret

Un article acheté 120 dollars, exonéré ces derniers mois, sera désormais soumis à environ 70 shekels supplémentaires de TVA.

Pour des millions de consommateurs israéliens habitués à commander via AliExpress, Amazon ou d’autres plateformes internationales, l’impact sera immédiat.


Les arguments décisifs

L’Union des chambres de commerce, représentant environ 60 000 commerçants, a mené une campagne intense contre la mesure.

Argument central :
👉 Une boutique locale paie la TVA dès le premier shekel.
👉 Une plateforme étrangère bénéficiait d’un avantage de 18 %.

Selon les estimations :

  • Perte annuelle pour l’État : entre 700 millions et 1 milliard de shekels (Ministère des Finances).
  • Jusqu’à 3 milliards selon les organisations commerciales.

Le contexte budgétaire a également pesé : la TVA générale est passée à 18 % pour combler les déficits liés à la guerre et aux dépenses sécuritaires.

Autre élément : Israël faisait figure d’exception. L’Union européenne a supprimé ses exonérations similaires dès 2021. En 2024, seule une minorité de pays de l’OCDE maintenait encore un régime comparable.


Quid des commandes déjà effectuées ?

Point d’incertitude : les colis déjà expédiés mais non encore arrivés en Israël.

Lors de l’entrée en vigueur de l’exemption, la date déterminante était celle d’arrivée en douane. Si ce principe est maintenu, certains achats pourraient encore bénéficier de l’ancien régime.

Cependant, les plateformes qui collectent les taxes à l’avance – comme Amazon – pourraient appliquer immédiatement les nouvelles conditions.


Smotrich contre-attaque

Bezalel Smotrich a annoncé son intention de signer un nouveau décret dans les prochains jours.

Il a affirmé en séance que l’élargissement initial avait été réalisé à la demande du Premier ministre lui-même. Dans un discours virulent, il a accusé certains députés du Likoud d’avoir formé une alliance tactique avec l’opposition.

De leur côté, les députés frondeurs ont présenté le vote comme une victoire pour les petites entreprises israéliennes.

Le président de l’Association des industriels israéliens a salué la décision, estimant qu’on ne peut lutter contre la vie chère en affaiblissant les producteurs et détaillants locaux.


Une bataille économique et idéologique

Au-delà de la TVA, le débat révèle une tension structurelle :

  • 📦 Protection des consommateurs face au coût de la vie
  • 🏪 Protection des commerces israéliens
  • 💰 Préservation des recettes fiscales en période de déficit

Cette décision marque un tournant politique : la Knesset a démontré sa capacité à bloquer un décret ministériel malgré l’appui du gouvernement.

Reste à voir si un nouveau texte sera présenté – et surtout s’il survivra à la même épreuve parlementaire.