Elbit Systems UK a fourni son Recce Strike Training System à l’occasion de l’un des principaux exercices d’entraînement intégré de l’armée britannique, mené avec le groupement tactique de la 16e brigade d’assaut aérien. L’information a été rapportée par le site spécialisé Army Technology.

L’exercice, baptisé Pegasus Athena, a rassemblé plus de trois cents militaires britanniques sur trois journées. Sa particularité : pour la première fois, trois systèmes d’entraînement distincts déjà en service dans l’armée britannique ont été fusionnés dans un événement unique — un simulateur d’appui-feu interarmées, un simulateur virtuel déployable et un système intermédiaire de simulation des tirs indirects.

Il faut expliquer ce que recouvre ce type d’entraînement, car le principe est peu connu du grand public. L’approche dite « Live-Virtual-Constructive » combine trois couches. Le réel : des soldats qui manœuvrent vraiment sur le terrain, avec leurs véhicules et leur équipement. Le virtuel : des opérateurs humains agissant dans un environnement simulé. Le constructif : des forces générées par ordinateur, alliées comme adverses, qui peuplent le champ de bataille. Les trois couches partagent la même situation tactique, en temps réel.

Concrètement, pendant Pegasus Athena, les soldats ont pu détecter des objectifs via le simulateur d’appui-feu, demander des missions de tir simulées, et en observer les effets instantanément sur l’ensemble des systèmes connectés. Une couche supplémentaire assurait l’enregistrement conjoint des événements réels et virtuels, et fournissait la simulation de l’activité des drones. Les données collectées ont ensuite servi à l’évaluation des performances.

En parallèle, les unités ont conduit des activités de terrain bien réelles : ravitaillement en munitions, manœuvres de véhicules, et emploi de moyens aériens — notamment des hélicoptères Chinook pour déplacer des pièces d’artillerie légère.

L’argument économique est au cœur du dispositif, et il explique l’intérêt croissant des armées européennes pour ces solutions. Un entraînement de ce type permet des exercices à haute fidélité sans mobiliser de moyens extérieurs et sans entamer les stocks de munitions. Dans un contexte où les arsenaux européens sont tendus et où chaque obus tiré à l’entraînement est un obus qui manque ailleurs, l’économie n’est pas théorique.

Un porte-parole d’Elbit Systems UK a présenté l’opération comme la première utilisation de leur offre intégrée, estimant que l’exercice « valide le concept et la technologie », et indiquant que l’entreprise examine des possibilités de déploiement supplémentaires au Royaume-Uni comme à l’international.

C’est ici que l’information prend une dimension qui dépasse la technique.

Le 8 septembre, il y a huit jours, le ministre britannique des Affaires étrangères annonçait devant les Communes l’interdiction des importations de produits issus des implantations israéliennes, assortie de sanctions. Le Grand Rabbin du Royaume-Uni avait parlé d’un jour véritablement sombre pour les Juifs britanniques. Cinq jours plus tard, une synagogue historique de Londres était visée par des tirs de feux d’artifice le deuxième jour de Roch Hachana.

Et pendant la même quinzaine, l’armée britannique s’entraîne au combat interarmées grâce à une technologie développée par la filiale britannique d’un groupe israélien.

Honnêteté oblige : il n’y a pas là de contradiction juridique. Elbit Systems UK est une société de droit britannique, qui emploie des Britanniques sur le sol britannique, et les mesures annoncées visent spécifiquement les produits des implantations, pas l’industrie israélienne dans son ensemble. Un juriste vous dira que les deux dossiers n’ont rien à voir.

Mais le contraste dit quelque chose du rapport ambivalent que l’Europe entretient avec la compétence israélienne en matière de défense. On sanctionne d’un côté, on achète de l’autre. La France interdit aux industriels israéliens d’exposer dans ses salons tout en développant ses propres systèmes concurrents. La Norvège s’apprête à criminaliser un commerce dont son ministre reconnaît lui-même le volume dérisoire. Et l’Europe se dote d’une banque destinée à financer son réarmement.

Le président d’Israel Aerospace Industries résumait cette semaine la leçon qu’Israël en tire : un embargo n’est pas une arme, seulement un facteur de retard passager. Pegasus Athena en fournit une illustration involontaire.

Sur les relations entre l’industrie de défense israélienne et l’Europe, nos articles de cette semaine composent un ensemble cohérent :

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